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  l'ancienne abbaye

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Les ancêtres / A l’aube du souvenir / Les Schray et Stoll / Hans et Anna /
Jean et les autres
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L'enfance d'un champion

En avril 1924 son nom figure sur la liste des confirmands du pasteur E. Koehnlein. La cérémonie a lieu le 13 avril à Saint-Paul. Une photographie officielle solennelle montre le jeune confirmand posant en petit adulte, chapeau à la main, avec gants, cravate, souliers vernis et pochette blanche. On ne possède comme autre photographie de confirmation que celle de sa sœur Xénia, également cérémonieusement vêtue d’une longue robe noire, la main gauche reposant sur un guéridon, devant un décor de tentures. C’est encore - six ans après la fin de la Grande Guerre - un verset en allemand qui est attribué au jeune Hans Krebs, ce qui semble indiquer, soit une difficulté des pasteurs à maîtriser le français, soit un attachement traditionnel du protestantisme alsacien à la langue de Luther. Il s’agit de Psaumes 50,14: «Opfere Gott Dank und bezahle dem Höchsten dein Gelübde» [Offre pour sacrifice à Dieu des actions de grâce, et accomplis tes vœux envers le Très-Haut]. Le verset est inscrit sur une gravure pieuse traditionnellement donnée à cette occasion. Il est peu vraisemblable que Jean en ait gardé le souvenir. Conformément à son tempérament, ses convictions religieuses s’exprimeront plus dans ses activités pratiques au sein de l’Église que dans l’approfondissement d’une piété intériorisée. Il rejoint par là l’opinion de son père qui, après un «show» de l’évangéliste Billy Graham, disait préférer les «chrétiens pratiques». Plus tard, peu attentif au culte dominical, il sortait régulièrement un papier de sa pochette de veste pour noter, non un passage du sermon, mais une idée de "boulot". Une façon plus orthodoxe de marier religion et activité professionnelle sera, à Saint-Quentin, d'assurer la gestion de la maison de retraite protestante de Pommery à Etreillers. Sans peut-être le savoir il poursuivait ainsi l'oeuvre d'une dynastie protestante de l'industrie textile saint-quentinoise: les Joly de Bammeville. 

Parenthèse:          textile et protestantisme                                                 

   

  C’est vers la fin de l’adolescence que l’existence de Jean semble prendre soudain son autonomie. Il s’agit d’une émancipation du cadre familial étroit et d’une insertion sociale qui se réalise tout à la fois sur plusieurs plans: l’engagement dans un mouvement de jeunesse, l’intense activité sportive, l’entrée à l’école d’ingénieurs. Désormais Jean développe, en plus de son dynamisme, une sociabilité qui sera une autre de ses caractéristiques. Il ne se départ cependant pas d’une certaine discrétion dont se souvient encore son cousin Georges Stoll près de trois-quarts de siècle plus tard: il savait garder ses pensées secrètes derrière son sourire. C'est ainsi qu'il apparaît à 20 ans, en 1930, mince et souriant dans son complet veston. Cependant les photographies, qui se font de plus en plus nombreuses, le montrent surtout dans son milieu naturel, c'est-à-dire intégré dans un groupe, en excursion avec des camarades, en déplacement avec une équipe sportive ou à l'usine avec des collègues. Certaines ont été réunies par Jean dans un embryon d'album qui embrasse, sans légendes explicatives, la période 1930-34. D'autres ont été rassemblées plus tard, plus ou moins thématiquement, par son épouse dans un album qu'elle a intitulé: SUM FCM 1935-37 en raison de la prépondérance de la thématique sportive. Ces photographies, qui devaient être en vrac et dont certaines sont plus anciennes, ne comportent généralement pas de commentaires au dos; parfois on trouve une annotation - toujours précise - de Robert, le frère de Jean, ou le tampon dateur de leur père. Ces albums font partie du lot qui a été chargé en priorité dans la voiture lors de l'évacuation de juin 1940.

     Le mouvement de jeunesse est l’Union Chrétienne de Jeunes Gens. En août 1929, depuis Bâle où il est allé assister à un meeting aérien, son père envoie à Jean une carte du «Graf Zeppelin» à l’adresse du camp UCJG à Lucelle où il se trouve une fois de plus. C'est en effet le mouvement unioniste qui organisait ces séjours de vacances dans les bâtiments de l’ancienne abbaye: une vaste bâtisse devenue depuis le Centre européen de rencontre, un lieu d’hébergement et de séminaires, comprenant en particulier la Maison de Saint-Bernard dirigée par des pères jésuites. Cette participation à l’Union Chrétienne, branche française des YMCA, permettra à Jean de se constituer un groupe d’amis parmi les jeunes protestants de sa génération. C’est dans cet écrin de verdure idyllique, près du petit lac niché dans les montagnes, qu’il côtoiera celle qui deviendra sa femme. 

    Des dizaines de photographies des séjours à Lucelle ont été conservées dans divers albums qui montrent le lac et ses environs - surtout les rochers, dont la spectaculaire Fille de Mai et la ruine du Morimont souvent visitée. Le repêchage d'une voiture tombée dans le lac est prétexte à un petit reportage illustré. Mais le principal sujet est constitué par des groupes de camarades, garçons et filles, qui recherchent des poses originales ou inventent des scènes humoristiques, comme une déclaration d'amour à une vache ou la navigation dans une bassine. Au milieu de cette joyeuse jeunesse Jeanne est encore absente des photographies prises entre 1929 et 1932. En revanche on remarque la présence, lors d'excursions à partir du camp, de Paul Krebs, l'autre frère, qui - toujours casse-cou - tente une esacalade de la ruine du Morimont, et de Charles Buchi qui deviendra un pilier du réseau de camarades des futurs fiancés. Puis, c'est avec la Pentecôte 1933 la rencontre déterminante, manifestée par la convergence symbolique des albums de Jean et Jeanne. 

      Pour le sport, Jean aura été à la fois un grand pratiquant et un dirigeant engagé, aussi bien en football qu’en basket-ball ou en tennis. Plus tard, lorsqu’il sera ingénieur puis directeur technique aux Ets Vandendriessche, il créera et animera les équipes de football et de basket, masculine et féminine, de l' USTI (Union Sportive des Textiles d’Isle), ce qui lui vaudra le surnom de «Rétro». C’est par cet appel en effet qu'au basket il demandait qu’on déplace le jeu vers l’arrière où il jouait. Dans les années 1970 il assurera les fonctions de président de l'OSQ (Olympique Saint-Quentinois). En attendant, une photographie le montre vers l’âge de 15 ans en tenue de boxeur, les poings gantés en garde, mais c’est vers le football qu’il va se diriger en tant que joueur amateur au FC Mulhouse 93 et au SUM (Stade Unioniste Mulhousien, une émanation de l'UCJG) où il jouera également au basket. L’intérêt pour le football a été éveillé par son père qui l’a emmené très jeune assister aux matchs de l'équipe au stade du Vélodrome, comme on peut le voir sur une photographie de 1918, puis - après la fin de la guerre - au stade de Bourtzwiller. Jouant en général ailier gauche, son exploit footballistique le plus mémorable a été un but marqué par un tir direct depuis le milieu de terrain. Doué d’une forte énergie vitale, deux matchs dans la journée - basket le matin et football l’après-midi - ne lui faisaient pas peur à l’époque.

      De très nombreuses photographies le montrent au sein d’une équipe en tenue de sport (chemise blanche à col ouvert et short) ou en costume de ville, sans qu’il soit possible de fixer une date ou un lieu. On ne peut donc guère reconstituer son parcours sportif. Une image, couleur sépia, est datée du 11 avril 1926: il a alors 16 ans et fait partie d’un groupe de onze jeunes posant avec leur entraîneur. On le trouve ensuite dans l'équipe 1ère du SUM avec des coéquipiers qui deviendront des amis: Charles et Jean/Hansala Daske, Auguste/Gusti Weiss, Richard Mertz, et dans l'équipe II du FCM. Les photographies n'étant pas commentées, seuls trois déplacements sont attestés avec leur date: pour le basket à Schiltigheim avec le SUM en avril 1930 et pour le foot-ball à Zillisheim en novembre 1927 - Jean a alors 17 ans - où le SUM Ière a été battu 3 à 2, puis à Colmar en juillet 1930.

    Dans le sport c'est d'ailleurs l'activité organisée d'un groupe, l'esprit d'équipe qui intéressera Jean, et non la recherche de la performance individuelle ou des considérations hygiénistes. C'était une autre forme de son extrême sociabilité. Au sein de l'organisation sportive protestante du SUM cette sociabilité trouvait à s'exprimer non seulement sur les stades, mais aussi lors des déplacements auxquels participaient les soeurs et amies des joueurs. Sur les photographies d'un déplacement à Paris on distingue Marie Daske et Marthe Lutz, qui feront partie du cercle des intimes, ainsi que plusieurs autres jeunes femmes. Ce voyage à Paris n'est pas daté, mais une affiche annonce à l'arrière-plan la projection du film La Fille du Régiment de 1933, ce qui correspond bien à une carte envoyée par Jean à son amie Jeanne depuis la capitale en juin 1933.


                                                                            footballeur!!!

 












écoutez la voix de Jean






















       mince et souriant










       séducteur?













       boxeur!